J’ai toujours considéré que la mise en œuvre de la technique du GS par imagerie de fluorescence constituait un enjeu stratégique majeur pour nos pays en développement, compte tenu des contraintes importantes liées à l’approvisionnement régulier en radiopharmaceutiques, aux exigences de radioprotection et aux difficultés organisationnelles. Ces contraintes entraînent, de facto, une perte de chance significative pour les patientes. L’imagerie de fluorescence m’est ainsi apparue très tôt comme une alternative crédible, équitable et adaptée pour pallier ces inégalités d’accès à des soins de qualité.
Nos interventions scientifiques et notre engagement en faveur de l’imagerie de fluorescence appliquée à la technique du GS ont très tôt convaincu deux chirurgiens d’exception, le Professeur Serigne Modou Kane Gueye et le Professeur Sidy Ka, qui se sont battus, chacun à son niveau, pour l’implantation de cette technique innovante au Sénégal. D’ailleurs la mise en place du Diplôme Universitaire (DU) de Sénologie par le Professeur Kane Gueye a constitué une étape décisive dans ce processus, notamment à travers mon enseignement dédié à l’imagerie de fluorescence au sein de cette formation.
Ainsi, douze ans après nos premières initiatives, le Sénégal se positionne aujourd’hui parmi la petite dizaine de pays au monde ayant osé un véritable saut technique et technologique, en choisissant de démarrer directement la technique du ganglion sentinelle par imagerie de fluorescence dans le proche infrarouge. En ce 11 décembre 2025, le Sénégal vient incontestablement d’inaugurer une nouvelle ère dans la prise en charge du cancer du sein par l’acquisition d’un système d’imagerie de fluorescence peropératoire et la mise en œuvre de la technique du ganglion sentinelle guidée par imagerie de fluorescence dans le proche infrarouge.
Le leadership du Professeur Kane Gueye a été déterminant et nous a permis de remporter ce combat, mené exclusivement dans l’intérêt de nos populations.
Sur le plan technique, la détection du ganglion sentinelle par imagerie de fluorescence dans le proche infrarouge relève de l’imagerie moléculaire peropératoire et confère une autonomie accrue au chirurgien. Elle repose sur l’injection peropératoire d’un produit lymphotrope, le vert d’indocyanine (ICG), en remplacement des nanocolloïdes technétiés. L’ICG suit ainsi le drainage lymphatique et se concentre dans le ganglion sentinelle. Ce processus dynamique, directement visible en 5 à 10 minutes, est visualisé sur un écran au bloc opératoire grâce à une sonde tenue par le chirurgien, intégrant à la fois une source d’excitation autour de 850 nm (proche infrarouge) et une caméra de détection du signal fluorescent.
Les bénéfices sont multiples : gain de temps opératoire, coût environ dix fois inférieur pour le patient (par rapport à la méthode radio-isotopique), simplicité de mise en œuvre, et absence totale de contraintes de radioprotection. La sensibilité de détection est aujourd’hui au moins équivalente, voire supérieure, à celle de la méthode radio-isotopique, tout en conservant les avantages classiques de la technique du GS.
Les limites mineures résident principalement dans le risque de contamination du champ opératoire chez un praticien non averti, l’absence de consensus universel sur les doses, la diminution du signal dans les tissus profonds, et parfois un nombre de ganglions détectés plus élevé.
Le processus est désormais engagé au Sénégal, avec un potentiel important de développement de l’imagerie de fluorescence en recherche, en formation et en pratique clinique, notamment à partir de l’Hôpital Militaire de Ouakam. Cette technologie est appelée à s’imposer durablement et à se diffuser progressivement au sein de nos hôpitaux. Dans cette dynamique, il apparaît essentiel que notre communauté médicale et scientifique s’approprie cette modalité qui va s’imposer dans les stratégies de prise en charge particulièrement en oncologie.
DAKAR, 12/12/2025
Serigne Moussa BADIANE, Pr Titulaire agrégé de Biophysique et Médecine Nucléaire


