Au Sénégal, un médicament générique africain fait naître un nouvel espoir contre la drépanocytose.

Rédigé le Vendredi 3 Juillet 2026 à 18:55 |


Pour des millions d'enfants en Afrique atteints de drépanocytose, l'arrivée du Drepaf, conditionné sur place et vendu moins cher, permet enfin un traitement adapté et accessible.


Des globules rouges rigides
 
La drépanocytose est une maladie génétique de l'hémoglobine, la protéine contenue dans les globules rouges qui transporte l'oxygène dans le sang. Chez les malades, les globules rouges deviennent rigides, fragiles, et prennent une forme de faucille. Ils se détruisent prématurément, provoquant une anémie sévère, et peuvent obstruer les petits vaisseaux sanguins, entraînant des douleurs intenses, des infections répétées, des accidents vasculaires cérébraux ou des atteintes oculaires irréversibles.
 
« Pendant des années, nous utilisions [des médicaments] qui n'avaient pas d'autorisation de mise sur le marché pour la drépanocytose. Des enfants se sont retrouvés sans solution, parfois pendant plusieurs mois. »
 
« C'est une maladie chronique pour laquelle il n'existe pas de traitement curatif, mais des médicaments capables d'en atténuer fortement les complications », explique le Dr Indou Deme Ly, pédiatre spécialisée en immunologie et en drépanocytose à l'hôpital Albert Royer de Dakar. Depuis plus de vingt ans, un médicament s'est imposé comme le traitement de base des formes symptomatiques : l'hydroxyurée. Mais au Sénégal, l'accès à ce traitement a longtemps été chaotique. « Pendant des années, nous utilisions des formes qui n'avaient pas d'autorisation de mise sur le marché pour la drépanocytose, rappelle Indou Deme Ly. Des enfants se sont retrouvés sans solution, parfois pendant plusieurs mois. »
 
C'est dans ce contexte qu'est né Drepaf, un médicament à base d'hydroxyurée développé par l'ONG DrepAfrique et conditionné au Sénégal par le laboratoire Teranga Pharma. Autorisé sur le marché sénégalais fin 2025, il marque une petite révolution dans la prise en charge de la maladie. « Notre priorité, c'était l'accès : un médicament disponible en continu, à un prix compatible avec les moyens des familles », explique le Dr Jean-Benoît Arlet, médecin français et cofondateur de DrepAfrique. 
Créée en 2018 avec l'ancien responsable politique Robert Hue, l'ONG s'est donné deux objectifs concrets : former les soignants africains et faciliter l'accès à l'hydroxyurée.
 
Une formulation adaptée aux enfants
 
Drepaf n'est pas une nouvelle molécule : il s'agit d'un générique d'hydroxyurée. Sa nouveauté réside ailleurs : le conditionnement local, l'autorisation réglementaire, et une formulation adaptée aux enfants. Jusqu'ici, l'hydroxyurée était principalement disponible sous forme de gélules dosées à 500 mg, peu adaptées aux enfants qui représentent pourtant la majorité des patients. Drepaf propose une gélule à 100 mg, facilitant l'ajustement des doses selon le poids et l'âge. Autre avancée décisive, le prix. Le traitement, auparavant importé de manière irrégulière, était coûteux ; son prix a été divisé par deux, alors même que tout reste à la charge des familles faute de couverture maladie généralisée.
 
Notre objectif est de rester indépendants de tout industriel unique. 
Dr Jean-Benoît Arlet, médecin français et cofondateur de DrepAfrique
 
Sur le plan industriel, toutefois, la portée du projet reste limitée. Teranga Pharma ne fabrique pas la molécule active : celle-ci est importée, puis conditionnée localement (mise en gélules, blisters, emballage et distribution). Mais le conditionnement local permet déjà de sécuriser l'approvisionnement, de réduire les ruptures et d'assurer une traçabilité réglementaire conforme aux standards.
 
Créer une multinationale subsaharienne
 
Drepaf se veut un projet panafricain. La marque appartient à l'ONG DrepAfrique, afin de pouvoir être déployée dans d'autres pays d'Afrique francophone, avec Teranga Pharma ou d'autres partenaires locaux. « Notre objectif est de rester indépendants de tout industriel unique », souligne Jean-Benoît Arlet.
 
Le partenariat avec Drepafrique offre à Teranga Pharma un coup de projecteur et l'occasion de répondre à un angle mort de santé publique. Le laboratoire a renoncé pour ce produit à toute marge bénéficiaire, explique son directeur général Mouhamadou Sow. L'objectif est de créer une multinationale subsaharienne et faire de Dakar un hub pharmaceutique régional, avec l'objectif affiché de montrer qu'il est possible de bâtir une entreprise industrielle de grande taille sans capitaux étrangers dominants.
 
Mais les limites sont nombreuses. Faible pouvoir d'achat, logistique régionale défaillante, infrastructures vétustes, charges fiscales : autant de freins à une véritable souveraineté pharmaceutique sur le continent. Et autant de défis à relever.

Cet article est une reprise intégrale du reportage publié par Adrien Marotte sur le Figaro.fr consulté le 03 Juillet 2026 à 16H30
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